Il y a quelques temps déjà, j'avais participé à un concours d'écriture, sur le thème "Grandir".
Alors voila, j'aimerais énormément que vous lisiez la nouvelle que j'ai écrite! Mais ce qui me ferais encore plus plaisir, c'est que vous me laissiez votre avis en commentaire. Les avis négatifs (comme positifs) seront grandement appréciés, du moment qu'ils sont un minimum constructif. Je vous en serais éternellement reconnaissant (rien que ça!)...
Bonne lecture, et n'oubliez pas de me laisser votre avis!
SI ON GRANDIT
-Alice, arrête!
La
voix de ma mère claque dans le silence de ma chambre. Je m'obstine à
me taire, et me blottis encore plus profondément sous ma couette.
J'essaie de me fondre dans l'épais matelas.
- Alice,
essaie au moins de comprendre.
Je
suis un matelas. Épais. Moelleux. Un peu râpeux sur les côtés.
Mon souffle s'apaise. Ma mère continue de parler, mais son flot de
paroles ne m'atteint plus, je crois que cette fois j'ai réussi, je
suis vraiment devenue un matelas. Je souris et me laisse porter par
la douce chaleur qu'il diffuse, insensible à la fureur de ma mère
qui arpente ma chambre. C'est vraiment agréable d'être un matelas.
Tout semble bien plus paisible.
- Alice,
regarde-moi!
Ma
mère me secoue l'épaule et vient briser ma douce torpeur. Sa voix
fait voler tout mon monde de matelas en éclat. Je crois que si elle
répète encore mon prénom avec cette pointe de déception et de
colère, je vais vomir.
- Ça suffit Alice, il faut que tu grandisses une bonne fois pour
toutes. Tu ne peux plus te réfugier dans tes livres pour fuir la
réalité. Les contes de fées n'existent pas, tout comme la magie,
les licornes multicolores, ou je ne sais quoi encore! Est-ce-que tu
peux au moins comprendre ça ?
Je
ravale une réplique exaspérée, car je crois que ma mère commence
vraiment à s'énerver : sa voix monte dangereusement dans les aigus
et sa tirade est digne d'un grand roman post-apocalyptique. À la
voir, j'ai l'impression qu'une colonie de fourmis mutantes a envahi
notre maison, et a dévoré papa, le chat et son tapis de yoga
préféré. Je me contente donc de lever les yeux au ciel : je ne
suis pas bête, je sais très bien que les licornes multicolores
n'existent pas. Tout le monde le sait, les licornes sont blanches.
Devant
mon air toujours aussi buté, ma mère perd définitivement patience
et envoie valser d'un coup de pied plein de rage une pile de livres
savamment ranger près de mon lit. Mon conte préféré
« L'homme-papillon » vole dans ma chambre, et je crois un
instant que - outré par tant de violence, il va s'enfuir par la
fenêtre. Mais la gravité le rattrape vite et, avant qu'il n'ait eu
le temps de mettre à exécution son plan diabolique, il vient
s'écraser par terre dans un bruit déchirant. Je grimace, et observe
ma mère. Elle sait où ça fait mal, la fourbe. À son tour, elle me
fixe, et je vois ses yeux se glacer. À moins, que ce soit moi qui
aie froid tout d'un coup. Elle attend toujours une réponse, alors je
fais mine de capituler. Il ne faudrait pas qu'elle s'en prenne à mes
autres livres. Je me redresse, et lève fièrement mon menton.
Lorsque je lui réponds enfin, je la regarde dans les yeux et ma voix
ne tremble plus.
- James
Matthew Barrie a écrit que chaque fois que quelqu'un dit : « je
ne crois pas aux contes de fées », il y a une petite fée
quelque part qui tombe raide morte.
Elle
me fixe un instant, perplexe. Et toc. J'ai beau avoir 12 ans, j'ai de
la répartie, et je connais mes classiques. Au bout d'un moment qui
me semble durer tout un livre, elle soupire, et reprend :
- J'essaie
juste de te faire comprendre que tu ne peux plus te cacher comme tu
le faisais auparavant. Crois-tu que beaucoup de petites filles
passent toutes leurs vacances le nez dans les livres ? Tu prends à
peine le temps de nous regarder ton père et moi. Tu crois que cela
ne nous rend pas triste de voir que tu préfères ton monde
imaginaire au monde réel ? Tu sais, grandir n'est pas si terrible,
il n'y a vraiment pas de quoi avoir peur...
- Je
n'ai peur de rien! Je lui réplique d'une voix si déterminée que,
du haut de mes 12 ans, j'arrive presque à y croire.
Un
sourire terni par le temps étire les lèvres de ma mère, tandis
qu'elle m'attire dans ses bras. Tout le poids du monde semble alors
peser sur ses frêles épaules, lorsqu'elle me chuchote dans le creux
de l'oreille :
- Je
t'ai appris à rêver mais je regrette seulement d'avoir oublié de
t'apprendre à vivre. Tu n'es pas une fée, la vie ne t'attendra
pas, mon cœur.
Tandis
qu'elle me serre fort dans ses bras, j'ai l'impression de suffoquer.
Mes yeux me piquent et des larmes ruissellent sur mes joues et je ne
sais même pas comment elles sont arrivées là. Toutes mes pensées
sont confuses, s'éparpillent et se mélangent dans ma tête comme
les vermicelles de la soupe de mamie. Peut-être que c'est maman qui
pleure sur moi. Je n'en sais trop rien. Au bout d'un moment, elle
s'écarte de moi, et je respire enfin.
-Allez,
dors maintenant, nous en reparlerons demain. Tomorrow is an other
day!
Maman
dépose un baiser fugace sur mon front et me borde comme lorsque
j'étais toute petite. Elle n'a toujours pas compris que je n'y
comprenais rien en anglais, mais je ne lui en veux pas. Lorsqu'elle
referme doucement la porte, je ne l'entends pas chuchoter un « je
t'aime » étouffé, la nuit vorace engloutit trop vite son
amour.
Lorsque
je suis sûre que toute la maison s'est endormie, je repousse mes
couvertures, et pose mes pieds glacés sur le sol encore plus glacé
de ma chambre. Je m'assieds contre la fenêtre, et j'attends. Je
colle mon visage contre la vitre et j'observe le monde se recouvrir
de ma buée. Il va venir. C'est obligé. L'homme-papillon va venir,
et il va m'annoncer, comme il le fait avec toutes les jeunes Élues
de 12 ans, que je suis comme lui. Une femme-papillon. C'est
impossible qu'il m'ait oublié. Impossible. Je serre mes poings avec
rage, et ferme très fort les yeux, tandis que les heures, les
minutes et les secondes s'écoulent en un battement de cils. Je me
balance d'avant en arrière, doucement, et mon souffle se ralentit,
et mon cœur s'apaise. Le monde s'efface, et je retrouve peu à peu
le sourire. Lorsque j'ouvrirai les yeux, il sera là. Cet homme avec
ses grandes ailes couleur de feu. Il m'emmènera dans son royaume de
magie, et je ne reviendrai plus. Le temps se perd, et je me perds
peu à peu en lui. Mais lorsque j'ouvre enfin les yeux, seul le
silence répond à ma prière muette. Pas l'ombre d'un papillon.
Alors, je me contente de regarder, impuissante, le vent emporter au
loin tous mes rêves d'enfant.
Mais
c'est lorsque tout semble perdu que je la vois. Non pas une ombre.
Mais un éclat. Une étoile qui semble tournoyer dans le ciel. La
plus petite étoile de la Voie Lactée. Je me redresse, et mon cœur
bat si vite que je crois un instant m'être transformée en
oiseau-mouche. J'ouvre la fenêtre pour voir d'un peu plus près,
cette étincelle qui danse dans la nuit. L'air frais me mord le
visage, mais je m'en contrefiche. Je tend le bras et je jure pouvoir
la toucher. C'est alors que j'arrive enfin à la distinguer : une
chevelure blonde comme les blés, une feuille lui recouvrant le
corps, des ailes transparentes qui s'agitent au rythme de mon cœur
affolé. Une fée. Mais pas n'importe laquelle. J'écarquille les
yeux et je comprends enfin ce que cela signifie. Je ne suis pas une
femme-papillon, je suis une enfant perdue. Alors, sans un regard en
arrière, je saute. Je saute rejoindre la fée Clochette qui
m'enveloppe de son rire lumineux et de sa poussière de fée. Je
saute et je m'enfuis au loin, dans une contrée où les Hommes ne
reviennent jamais. La seconde à droite, puis tout droit jusqu'au
matin.
Rapport
de police, le 07/08/15 à Toulouse :
Le
corps d'une jeune fille de 12 ans a été retrouvé, ce matin, par
ses parents. Elle aurait sauté de la fenêtre de sa chambre située
au premier étage, durant la nuit du 6 au 7 août.
Hypothèse
du suicide envisagée.
Ouah j'aime beaucoup, un très beau texte, tragique et émouvant :)
RépondreSupprimerAaaah merci beaucoup :D ça me fait tellement plaisir!
SupprimerWahou, ça c'est de la fin! mdr En tout cas j'aime beaucoup!!! :D
RépondreSupprimerAhah c'est vrai que ma fin est un peu... brutale! Merci :)
SupprimerCoucou =)
RépondreSupprimerC'est un super texte, bravo, j'adore le thème et la manière dont tu le traites. C'est bien écrit, je me sens très proche d'Alice et quelle chute, je ne m'y attendais pas du tout.
Whaaaa merci merci, ça me fait vraiment plaisir que tu ais aimé!
SupprimerTu as beaucoup de talent. J'ai ressenti de la joie, de la compassion ainsi que de la colère envers cette mère ignarde. Le plus beau monde est celui de la littérature. Et personne peu nier ça ^^
RépondreSupprimerEn tout cas, je trouve que ton texte est plutôt tragique vers la fin !
Comme quoi l'imagination peut être dangereuse pour un enfant.
En tout cas, avec quelques modifications, tu pourrais la publier. Moi en tout cas, si il fallait t'attribuer une note, je te mettrais 19 pile ^^
En tout cas, bravos à toi =)
Ah! :,) Merci énormément pour ton avis, tu ne peux pas savoir à quel point ça me réchauffe le coeur de voir qu'on aime mon texte!
Supprimer"ma mère perd définitivement patiente" patience*
RépondreSupprimer"comme lorsque j'avais toute petite" j'étais*
J'avoue que je m'étais spoilée la fin du coup je n'ai pas lu ton histoire comme je l'aurais du mais ça reste quand même bien. Ça manque peut-être un peu de description de l'environnement, la chambre par exemple. Plutôt girly ou vraiment remplie seulement de livres? Ou qu'on en sache plus sur la relation mère-fille qui les lie!
Sinon c'est vraiment sympa ! ;P
Bises,
George
Ouch! Les grosses fautes d’inattention... je rectifie!
SupprimerAaaaaah, mince, dommage pour le spoil! :p en tout cas merci pour tes conseils, je les note précieusement!
C'est plaisant à lire, il y a un bon style !
RépondreSupprimer"Lorsque j'ouvrirais les yeux, il sera là. Cet homme avec ses grandes ailes couleur de feu. Il m'emmènera dans son royaume de magie, et je ne reviendrais plus." > ouvrirai/reviendrai
Merci pour ton avis :D et merci aussi pour m'avoir signalé ces fautes, je vais modifier!
SupprimerJ'aime beaucoup, très jolie écriture!
RépondreSupprimerJ'y ai trouvé un petit côté Peter Pan :)
La fin est trèèèès surprenante, inattendue !!
Bonsoir,
RépondreSupprimerJ'ai cliqué sur ton blog et je suis arrivée à ta nouvelle. J'ai été agréablement surprise par le style narratif très entraînant, clair et l'histoire bien menée. Bravo pour la chute, je n'avais rien vu venir !
Dis-moi, est-ce que le jury a apprécié ? car moi j'ai adoré te lire.
Je n'ai même pas de points négatifs à relever !
Merci énormément pour cet avis qui me remplit de bonheur! Cela me fait chaud au coeur d'avoir un retour positif sur mon écrit!
SupprimerA ma plus grande joie, le jury a apprécié : j'ai gagné le premier prix (mais il n'y avait que 8 participants...)!